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ENSEIGNEMENT À DISTANCE, TRAVAIL HORS LA CLASSE & CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE

Mis en ligne le - Mis à jour il y a 2 ans

ENSEIGNEMENT À DISTANCE, TRAVAIL HORS LA CLASSE & CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE

Les écoles et établissements du Haut-Rhin sont fermés pour 2 semaines.

Depuis vendredi et suite à l’annonce du 1er ministre de la fermeture de toutes les écoles et établissements scolaires du Haut-Rhin, les informations officielles départementales ou nationales arrivent au compte-goutte et sont parfois même contradictoires.

Il aurait été beaucoup plus opportun pour les personnels d’apprendre cette annonce avant le départ des élèves vendredi. Les directeurs-trices auraient pu prévenir directement les familles. Ce n’est pourtant pas ce qui a été fait, et certains IEN se sont autorisé.es à prendre contact avec les directeurs-trices sur leur téléphone portable le soir jusque très tard !

Les demandes de l’administration et des IEN du Haut-Rhin :

Les demandes exprimées par l’administration départementale en matière de ce que le ministre considère comme de la « continuité pédagogique » sont, parfois, non règlementaires et donc soumises à l’accord de la directrice ou du directeur ainsi que des adjoint-es de l’école.

Suis-je obligé-e d’appeler les parents ? Non

Suis-je obligé-e d’ouvrir un espace « ma classe virtuelle » sur le site du CNED ? Non

Suis-je obligé-e de me déplacer sur mon école pour y apposer une affiche avant lundi matin ? Non

Suis-je obligé-e de constituer des listes (mails, téléphones de parents…) en dehors de tout cadre réglementaire et de la réglementation en vigueur en matière de respect des données à caractère personnel (RGPD,…) ? Non

Suis-je obligé-e de répondre à toute heure du jour et de la nuit à mon IEN ? Pas du tout

Notre travail est, depuis des années, dégradé, rappelons-nous le suicide de notre collègue Christine Renon. Il n’est plus possible de compter uniquement sur la « conscience professionnelle » de directrices-directeurs et adjoint-es très largement investi-es pour pallier les manques de l’administration :

Où est la continuité pédagogique rabâchée par le ministre depuis une semaine quand un-e enseignant-e est absent-e une semaine sans être remplacé-e ? Ou quand les Brigades ont vu leur remplacement arrêtés pour être envoyés en catastrophe sur une autre école ?

Où est l’administration quand des enseignants sont victimes de conflitsqui atteignent leur paroxysme - avec des parents, des élu-es...- et restent sans assistance ? Les collègues aimeraient bien recevoir des SMS de soutien ou être appelé-es…

Où est l’administration quand certaines écoles ne sont pas encore dotées de savon et de solutions hydroalcooliques, même ce vendredi en pleine épidémie ?

Où est l’administration quand, dans certaines écoles, il n’y a qu’un ordinateur (vétuste) pour plus d’une dizaine de collègues, et dans d’autres pas de connexion internet ?

Où est l’administration quand les collègues souhaitent une vraie formation, notamment pour savoir enseigner à distance le cas échéant ?

Où est l’administration quand les délégué-es des personnels réclament depuis plusieurs années une médecine du travail ?

Où est l’administration quand les délégué-es du personnel ne cessent de remonter les doléances des collègues qui sont souvent les mêmes ( manque de reconnaissance, injonctions dénuées de sens, injustes …) ?

Les personnels de l’éducation nationale, et particulièrement du premier degré, n’ont reçu aucune formation généralisée sur la mise en place d’ENT ou de blogs de classe.
Lorsque ces derniers sont déjà mis en place, ils le sont très généralement dans le cadre d’un projet de classe ou d’école afin d’y associer les familles et limiter la fracture numérique.
Mais il n’y a pas d’obligation à mettre en place ces outils « en catastrophe » et « en se débrouillant tout seul ».

Les personnels de l’éducation nationale n’ont jamais reçu de dotation financière ou de matériel afin de s’équiper en informatique et en connexion internet.
Il ne peut donc rien être imposé à distance aux personnels sur ces aspects.

Les personnels de l’éducation nationale ont eux aussi des enfants qui n’iront pas à l’école pendant 15 jours et donc doivent aussi s’en occuper et seront donc très occupés chez eux aussi.

Plus généralement, nous invitons les personnels à la prudence.
Les inégalités sociales qui traversent l’école et notre pays sont importantes, et l’usage du numérique du numérique en est une illustration.

Vous le savez, toutes les familles de votre école ou de votre classe sont différentes du point du vue de leur origine sociale et donc de leur capital culturel.

La réussite scolaire n’échappe pas à la règle, tout comme l’accès au numérique…

Des inégalités sociales renforcées

Comme tout travail scolaire réalisé à la maison, le dispositif en ligne « Ma classe à la maison » renforce les inégalités scolaires fondées sur les inégalités de ressources économiques, éducatives et culturelles des familles.

Le dispositif se confronte à la problématique générale de la « fracture numérique » : il suppose un équipement informatique complet (PC + imprimante), une connexion haut débit pour les activités interactives et un espace de travail propice à la concentration de l’enfant, plusieurs heures dans la journée, ce qui n’est pas possible dans les logements les plus modestes.

Avez-vous-compté le nombre de familles de votre classe ou école qui disposent d’une adresse mail valide ? Et qui la consultent régulièrement ?

Les procédures d’accès à la plateforme et d’utilisation des modules supposent une bonne maîtrise du français écrit et des ressources avec lesquelles seules les classes moyennes et supérieures sont conniventes.
Aucune consigne n’est disponible sous forme orale, ou dans d’autres langues pour les parents non francophones.

Les impressions sont très importantes (environ deux cents pages et plus au cycle 3). Les livrets devraient être imprimés par l’institution pour être mis à disposition des familles.

D’autres questions se posent :

Comment les familles qui ont plusieurs enfants scolarisés peuvent s’organiser ?

Comment faire quand l’ordinateur n’est pas dans une pièce calme permettant la concentration ?

Pensons-nous sérieusement qu’il est possible d’apprendre, dès la maternelle, à distance et derrière un ordinateur ?

La réponse de notre administration nous rend perplexe : nous connaissons ces problématiques et nous envisageons une correspondance papier ! (Qui va payer ?)

L’ensemble des ressources proposées est particulièrement fourni et peut décourager les parents qui maîtrisent le moins la langue écrite.

Aucune aide méthodologique n’est proposée pour l’articulation des différents supports (cahiers, activités interactives, livres numériques), ce qui suppose également un usage expert, réservé aux familles qui maîtrisent les codes de l’école.

Un accompagnement pédagogique qui ne va pas de soi

Le déroulé des activités suppose la présence d’un tuteur, idéalement adulte auprès de l’élève qui réalise les activités.
Cela pose la question de la disponibilité de l’adulte, et de la mise en œuvre des dispositifs de compensation financière des jours consacrés à la garde des enfants.
Si l’indemnisation est garantie pour les salarié-es, qu’en est-il pour les travailleurs et travailleuses précaires, intérimaires, rémunéré-es à la tâche, etc ?

Les consignes données aux tuteur-tutrice font référence à un registre pédagogique, là encore fortement discriminant sur le plan du capital culturel (« faire émerger les souvenirs de l’activité », « prolongements », etc.).

De manière générale, la substitution du parent profane à l’expert pédagogique qu’est l’enseignant-e pose problème, en termes de reconnaissance de la professionnalité enseignante, et de banalisation de l’idée selon laquelle n’importe qui pourrait enseigner.
C’est évidemment un leurre car le repérage de ce qui fait obstacle aux apprentissages, des erreurs types impliquant telle ou telle remédiation (notionnelle ou méthodologique), de l’équilibre entre étayage et dés-étayage relèvent bien de l’expertise pédagogique de l’enseignant-e.

Les interactions entre des élèves qui éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages et des parents démunis du point de vue de l’intervention pédagogique ont toutes les chances d’occasionner malentendus, tensions et in fine dévalorisations de l’image de soi des enfants (en « échec ») et des adultes (incapables de proposer une aide).

Personne ne pourra remplacer le professeur !
Nous demandons au ministère d’arrêter de faire penser le contraire à une opinion publique et médiatique éloignée de notre réalité.

Aucune adaptation

Outils et progressions sont proposés sous une forme unique, sans différenciation envisagée, ni adaptation aux élèves à besoins éducatifs particuliers, par exemple les élèves dyspraxiques ne bénéficient pas d’un carnet de bord spécifique (celui-ci étant particulièrement chargé visuellement).

La progression est évidemment « théorique », certaines activités d’entraînement peuvent confronter l’élève à des notions qui n’ont pas été découvertes en classe ou insuffisamment maîtrisées.

Pour conclure...

Où est la réflexion sur les rapports à l’écran et particulièrement des jeunes enfants quand les autorités sanitaires invitent les familles à la prudence sur l’utilisation du numérique pour les plus jeunes ?

De manière générale, la continuité pédagogique peut-elle être assurée hors la classe ?

Rien n’est moins sûr, tant elle est dépendante des grandes disparités des réalités sociales et culturelles des familles et de leur rapport à la culture scolaire (suivant que les enfants ont, pour reprendre les concepts de Lahire, des « vies augmentées » ou « diminuées ») et privée de l’expertise professionnelle enseignante.
Plutôt que de faire la classe à la maison, ne serait-il pas plus profitable pour les enfants et leurs familles, dans un contexte sanitaire qui peut être anxiogène, de mettre entre parenthèses le temps de l’école et privilégier les activités éducatives (se promener, jouer, bricoler, cuisiner, etc).

Face à une situation exceptionnelle qui nécessiterait l’utilisation à grande échelle de l’enseignement à distance, Jean Michel Blanquer sur ce sujet comme sur d’autres devrait faire preuve de plus de mesure.
Si l’on peut parler de "continuité scolaire" il est abusif de parler de "continuité pédagogique".
C’est un peu comme si on expliquait que des cahiers de vacances peuvent remplacer des enseignant-es.

Notre Ministre voudrait faire croire à l’opinion publique que dès lundi matin l’enseignement à distance sera enclenché.
C’est encore un leurre, dans ce cas pour masquer le manque d’anticipation.

Cher-es coll-ègues, soyons prudent-es.

Refusons les abus.

Ne nous laissons pas maltraiter pour compenser les manquements de l’Institution.

Dans chaque équipe, concertons-nous avant de prendre des décisions !

Saisissez le SNUipp-FSU en cas de problème !