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Direction d’école et loi Rilhac : Non les «idées » du GDID, du GTRID, ou leurs amis, ne sont pas celles des collègues !

Mis en ligne le - Mis à jour il y a 5 mois

Direction d’école et loi Rilhac : Non les « idées » du GDID, du GTRID, ou leurs amis, ne sont pas celles des collègues !

Après avoir été adoptée par l’Assemblée nationale le 24 juin 2020, la proposition de loi « créant la fonction de directrice ou de directeur d’école » (dite PPL Rilhac) a été discutée et votée au Sénat le 10 mars 2021. La chambre haute y a ajouté des amendements qui, s’ils sont conservés en 2ème lecture, modifieraient en profondeur la direction de l’école, ce qui aurait d’importantes répercussions sur son fonctionnement.

Jusqu’ici nous nous taisions…

On se disait juste qu’on aimerait bien entendre certaines orgas syndicales à l’heure de défendre des broutilles comme nos droits à une retraite décente. On s’interrogeait naïvement sur les raisons de leur assourdissant silence quand il s’agit de faire grève ou de descendre dans la rue face aux nombreuses attaques subies particulièrement depuis que Jean-Michel « le roi d’la marelle » est là. Pourquoi rejoignaient-elles si peu les divers appels collectifs ?

Puis, avec la loi Rilhac, on a eu quelques réponses… c’est que nous manquions de modernité !!!

En 2021, le vrai courage, l’engagement, le combat ce n’est pas de descendre dans la rue, ce n’est pas de sacrifier des journées de salaire, ce n’est pas l’action collective !!! Rien à faire des appels inter-syndicaux, des manifs climat, loi sécuritaires ou sur l’assurance chômage ! L’abnégation, la témérité, le sens du baroud aujourd’hui c’est de faire des communiqués à tout va, de twitter comme des dingues, de faire nombre sur Facebook, de papoter avec tel ministre ou telle députée en se gavant de macarons Ladurée ou en visio.

Quelle leçon nous avons pris ! Il faut rendre à Tartuffe ce qui revient à Tartuffe… Nous remercions donc les nombreux communiqués de presse signés par ces organisations syndicales (Se-UNSA, Sgen-CFDT, Sne… et par de mystérieuses associations (GDID, GTRID), leurs tweets, etc…

Mais nous nous taisions… nos vieilles manières, si désuètes, de défendre les collègues dans la rue comme dans les conseils, nous coûtant déjà bien assez de temps.

Sur France Inter, à l’heure où on tente maladroitement de rattraper la tartine qui tombe toujours du côté du beurre, tout en donnant le bib’ à la dernière, pendant que la plus grande hurle pour ses chaussettes, on s’est pris la goutte d’eau qui met le feu aux poudres ! Un collègue directeur, membre du GTRID, y expliquait tranquillement que les directeurs et directrices de France sont très déçus du retard de la mise en place de la loi Rilhac. « Les directeurs attendent vraiment ces mesures pour la rentrée prochaine » selon lui, car ils sont impatients d’avoir une « autorité fonctionnelle ».

Le SNUipp-FSU n’a pas pour habitude de répondre ainsi aux dires d’un collègue. Mais lorsque sur les réseaux ou par des appels signés par d’autres orgas, des individus se posent en porte-parole de la profession pour professer des contre-vérité… Nous arrêtons de nous taire !

Quelques rappels donc :

– Le collègue ne parle qu’en son nom… ou presque. Le Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant des Directeurs (GTRID), à l’instar de son modèle le Groupe de Défense des Idées des Directeurs (GDID), n’est représentatif de rien. Le GTRID n’a pas de site, on ne connaît pas ses autres membres à part le collègue sur Inter, ni leur nombre, on ne sait pas par qui et comment sont rédigées ses propositions, le groupe serait fermé d’après ce qu’en dit le collègue… Quelles belles preuves de légitimité et de démocratie !

Et pourtant une audience nationale leur est donnée pour s’exprimer au nom des collègues.

Pourtant, ils se vantent de rencontrer « députés et sénateurs [qui] sont des politiques influents sur la question de l’éducation », et organisent des visios avec eux pour porter leurs doléances au nom de toute la profession !

Pourtant, 74 députés LREM (on a les amis que l’on mérite !) viennent d’écrire un courrier pour appuyer leur demande.

C’est un simulacre de dialogue social, ça n’est rien d’autre que du lobbyisme. Enfin ça rappelle étrangement Avenir Lycéen : le ministère choisit et sélectionne une obscure association qui (coup de bol !) partage ses idées, puis la met en avant pour donner l’impression que l’ensemble du milieu concerné attend la réforme blanquerienne avec impatience.

– Légitimité toujours et un peu de maths aussi… GTRID et GDID semblent faire nombre en s’acoquinant dans leurs appels pro-réforme à des organisations syndicales, histoire de toujours donner plus l’impression de représenter l’ensemble des collègues. Pourtant ces orgas là sont bien minoritaires. Désolé, mais tout cumulé Se-Unsa, Sgen-Cfdt et Sne-csen « pèsent » moins de 34 % des scrutins aux dernières élections professionnelles à la CAPN. Ça fait un peu léger pour parler au nom de l’ensemble des collègues, et réclamer l’application de la loi Rilhac ! Surtout quand la plupart des autres s’y opposent. Or, rien qu’à lui seul, le SNUipp-FSU représente déjà 44 % des votants et avec l’ensemble de l’inter-syndicale anti-Rilhac (SNUipp+FO+CGT+Sud) on atteint tranquillement les 65 %. Blanquer aurait besoin de suivre une constellation mathématiques avant de choisir ses interlocuteurs…

– Surtout, les rares fois où le ministère ne fait pas en sorte de squeezer les collègues et leurs représentants, lors des rares enquêtes qui ont eu lieu, la profession dit tout autre chose et est bien loin de réclamer « un plus grand pouvoir de décision » et un nouveau statut ! Non « les directeurs [n’] attendent vraiment [pas] ces mesures pour la rentrée prochaine », ce qu’elles et ils attendent ce sont des moyens ! Mais c’est plus difficile à accorder qu’un statut, qu’un peu d’autorité, ou qu’une médaille en chocolat… On comprend donc que les députés de la majorité soutiennent les pro-Rilhac !

L’enquête de décembre 2020 lancée par le SNUipp-FSU, et remplie par plus de 7000 collègues (ce qui semble faire un poil plus de monde que les membres secrets du GTRID !), le montrait bien :

Les mesures ministérielles qui ont inspiré le rapport Rilhac y étaient largement dénoncées, les collègues ne veulent pas devenir des managers scolaires. C’est surtout du temps, des moyens humains, formés, pérennes et non précaires, une revalorisation salariale pour toutes et tous, et moins de pression administrative qui sont réclamés !

Enfin, les collègues ne sont pas dupes, la réforme si moderne que veulent nous vendre députés macronistes, associations ne représentants qu’eux-mêmes et leurs alliés syndicaux, c’est en fait la vieille réforme hiérarchique tentée par la droite depuis plus de 30 ans.

Le glissement de l’autorité fonctionnelle vers l’autorité hiérarchique aura lieu, pas d’illusion ! Preuve à l’appui : la volonté affichée par des projets d’amendements de donner maintenant une pouvoir “d’évaluation” des chefs d’établissements sur leurs équipes. Quand on sait que les CHSCT sont témoins de nombres de fiches SST de collègues qui subissent les relations plus que houleuses avec leurs propre chefs d’établissements dans le secondaire, l’avenir que l’on nous propose est des plus radieux.

Pour aller plus loin :


- le projet de loi « Rilhac » créant la fonction de directrice ou de directeur d’école
NB : Les articles 4 et 4 bis, ainsi que 6bis ont été supprimés par le Sénat en mars 2021.
- le communiqué de presse du SNUipp-FSU “Plus que jamais, nul besoin de la proposition de loi Rilhac”

Vous pouvez suivre l’évolution de la proposition de loi Rilhac : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/fonction_directeur_ecole