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Document publié le 2009-01-21 21:15:07 © SNUipp-FSU Haut-Rhin



L’évaluation CM2 ou comment s’apprêter à décourager élèves et enseignants… Publié le: mercredi 21 janvier 2009





L’évaluation CM2 ou comment s’apprêter à décourager élèves et enseignants…

Les épreuves de la nouvelle évaluation, que j’ai découvert sur internet, vont dans le sens de la difficulté, avec en plus l’introduction d’un jugement binaire qui interdit les réussites partielles et de connaissances grammaticales, dont on aurait pensé il y a peu qu’elles sont plutôt à acquérir en collège et encore pas en sixième (le bon choix entre imparfait et passé simple, etc.)

En aucun cas les maîtres d’école ne pourront avec ces évaluations repérer les élèves en grande difficulté. Les élèves qui vont échouer, sauf si on ne respecte pas strictement les recommandations officielles, vont être très nombreux et cela va renforcer le pessimisme ambiant, la démotivation, les lamentations réactionnaires de quelques intellectuels qui ignorent tout des réalités complexes du rapport à l’écrit des élèves.

Dans les épreuves proposées, certaines activités pourraient être très intéressantes, dans le contexte d’un travail en classe, notamment en groupes, sur l’amusant texte de Hemmingway ou sur la description de l’Etna par Maupassant ; nous ne sommes pas de ceux qui voudraient justement simplifier et ne pas proposer un texte « résistant », contenant un problème comme celui sur la température à des élèves faibles lecteurs.

Mais ici, il s’agit d’évaluer des élèves face à leur feuille blanche, sans cheminement progressif, sans étapes interactives, avec en plus une proposition de production écrite qui va mettre en échec l’immense majorité des élèves.

Je défie bien des enseignants de reformuler de manière intéressante la même histoire « racontée à un ami », travail que bien des troisième ne parviennent pas à faire.

Ne s’agit-il pas en fait de pures embûches lorsqu’elles ont pour principal objectif de montrer que l’école ne serait pas « à la hauteur »

Ainsi, les évolutions négatives de l’évaluation sixième, qui feront que peu de professeurs de collège la regretteront vraiment, telle qu’elle était devenue, sont amplifiées et l’idée tout à fait féconde et juste d’évaluation diagnostique ternie par ce mauvais coup porté à tout le travail patient et complexe visant de façon ambitieuse l’amélioration des compétences de lecture et d’écriture.

Tout cela risque en fait de faire rejeter toute idée d’évaluation nationale et d’objectifs précis et ciblés, comme on le voit à l’œuvre, y compris chez des mouvements pédagogiques amis.

En aucun cas le bébé ne doit être noyé avec cette mauvaise eau du bain. Si de nombreux enseignants dont je suis critiquent fortement cette nouvelle évaluation, c’est parce qu’elle n’aidera en aucun cas à faire progresser les élèves, dans l’esprit du socle commun.

Mais le socle commun est-il vraiment à l’ordre du jour lorsqu’on se rend compte qu’il n’est pas cité en référence dans le livret scolaire de fin de cycle 3, auquel l’évaluation est forcément relié.

Et ceci alors même qu’on évoque les "piliers" et qu’on parle de compétences, mais en termes si vagues et généraux que cela ne veut plus rien dire (par exemple : "maîtriser l’orthographe grammaticale"). Oui, vraiment, les cinq dernières années ont été particulièrement néfastes pour l’évolution de l’école, en voilà une manifestation supplémentaire.

Jean-Michel Zakhartchouk, rédacteur aux Cahiers pédagogiques.