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Déclaration liminaire du Conseil de Formation du 19 octobre 2017
Déclaration liminaire du Conseil de Formation du 19 octobre 2017

Publié le: vendredi 10 novembre 2017

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Ça y est, la formation, initiale ou continue, enfin, apparait comme une nécessité, notamment dans le rapport rendu par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (novembre 2016) !!

Le ministre lui-même en convient, la formation des enseignants a été sous-investie ces quinze dernières années.

Après moult évaluations, des rapports qui ont certainement coûté très cher concluent, entre autres lapalissades pour nous, élu-e-s de SNUipp, nous, adjoint-e-s, nous directeurs/trices, nous, maitres-ses d’accueil, nous, maitres-ses formateurs/trices, conseiller-ères pédagogiques…que la formation est la condition sine qua non de la réussite de nos élèves !

Et l’Institution semble découvrir que le système scolaire actuel entretient, voire aggrave, les inégalités ; que l’attractivité du métier d’enseignant est mise à mal ; que le dévouement des professionnels ne saurait compenser le besoin de formation pour garantir l’inclusion des élèves, et leur réussite, quel que soit leur milieu d’origine ?

Nous, syndicats, rencontrons les collègues, et les entendons dénoncer tout cela depuis des années, et nous en faisons l’écho en permanence : non, il ne suffit pas de savoir conduire pour devenir moniteur d’auto-école, de savoir nager pour devenir maitre-nageur, d’avoir vu tous les épisodes de la série « Urgences » pour devenir médecin, ou d’avoir appris l’allemand pour l’enseigner ! Certes, certaines formations sont d’une qualité remarquable, et le/la formateur/trice instaure un climat de confiancepréalable nécessaire, même pour les adultes- à l’ancrage des apprentissages, rappellerait André Giordan. Mais 20 heures sur deux ans, ce n’est pas de la formation ! En outre, la liste est bien longue des expériences vécues douloureusement par les collègues.

En voici quelques-unes :

La conférence Chesnay-Fayol, pour ne pas la nommer, s’est déroulée dans des conditions matérielles inadaptées dans certaines circonscriptions, où les collègues n’ont pas pu apprécier la qualité du travail des conférenciers. Lorsque cela s’est bien passé, de nombreux collègues ont regretté de ne pas pouvoir échanger avec les chercheurs : le principe de la question posée en direct, avec une réponse différée, est apparue rédhibitoire pour la grande majorité.

Nombreux sont ceux qui, en conclusion, ont ressenti du mépris de la part de l’Institution, qui ne met pas les moyens technologiques à leur disposition, et qui leur assène une conférence qui, pour de nombreuses équipes, n’a pu faire l’objet d’aucun travail accompagné sur le terrain.

En maternelle, certaines équipes ont assisté à une animation sur le carnet de suivi alors que la date de restitution dudit carnet était passée…

Les professeurs stagiaires, ainsi que les contractuels, se plaignent encore- et les enseignants titulaires le soulignent aussi- de l’absence de différenciation au sein de la formation. Certaines sont dispensées pour la 2e fois aux mêmes personnes, qui ont alors le sentiment –fondé non ?- de perdre leur temps ! Elles regrettent aussi que certains cours soient trop éloignés de ce qu’ils peuvent mettre en place sur le terrain, ou enseignés prématurément au regard de leur niveau réel dans le métier. En effet, nombreux sont les jeunes collègues en détresse face à l’injonction de produire de nombreux documents attestant de leur travail, alors même qu’ils n’ont pas compris comment élaborer ces documents sans s’épuiser le soir- pour certains la nuit- et revenir en classe le lendemain avec des carences en sommeil qui s’accumulent, et qui sont préjudiciables au bon déroulement de la journée de classe…L’urgence lorsqu’ils arrivent, c’est d’être formés à la préparation et à la mise en œuvre dans LEUR classe. En seconde partie d’année, ils se disent beaucoup plus disponibles, et même en demande criante de formations leur permettant d’être préparés à tous les autres niveaux ; à la fonction de remplaçant ; ainsi qu’à l’exercice en ASH.

A l’heure actuelle, leur mémoire, qu’ils pourraient vivre comme un travail de recherche épanouissant, est vécu comme un impératif dont la principale répercussion est de « voler » le temps qu’ils n‘ont pas à la préparation de la classe !

Évidemment, le programme de formation nécessaire est très dense : mais il serait largement réalisable, si les stagiaires n’étaient pas utilisés comme moyens d’enseignement, et pouvaient effectivement bénéficier d’une formation plus longue au cours de laquelle ils alterneraient périodes de stage et périodes de restitution et d’acquisition de connaissances et de savoir-faire professionnels.

Certains stagiaires, T1, et d’autres, disent avoir exprimé des difficultés d’exercice de leur métier, et se sont vu trop souvent -dans le meilleur des cas- conseiller de lever le pied, de se détacher, de prendre du recul… Mais leur demande, à l’origine, c’est d’être aidés, soutenus, accompagnés. Au lieu de cela, les plus en difficulté se sentent jugés, stigmatisés : la seule réponse Institutionnelle qu’ils entendent, c’est qu’ils n’ont pas su écouter les conseils de leurs tuteurs…mais ces tuteurs eux-mêmes sont en difficulté par rapport au contexte de classe de ces stagiaires !

Revenons à la formation continue, là …attention ! Public fragile s’abstenir… : « Gaïa » ! Et oui, le prononcer peut déclencher des crises d’urticaire, de la violence numérique, des crises de panique… Comment la simplification peut-elle ainsi tout compliquer ? Est-ce le secret des équipes qui ont travaillé sur ce logiciel ? Ou encore une histoire de moyens pas à la hauteur des ambitions affichées ? Si l’idée est de décourager les enseignants, la formule est bien trouvée : d’abord, la course à l’échalote. Si votre directeur/trice n’est déchargé-e qu’un jour par exemple, et que vous n’avez pas pu vous inscrire avant le week-end, vous pourrez ne pas être satisfait-e sur vos vœux. Mais vous aurez au moins surmonté la mise en page tristounette, et son fonctionnement aléatoire, par contre, vous ne maitriserez pas votre décompte d’heure au fil des saisies, sauf si vous avez pensé à tout copier à la main…oui ! et vous le découvrirez plus tard, mais dans un résumé bien trop synthétique et peu éclairant, et vous vous serez inscrit un peu au hasard, le contenu des formations proposées n’étant que très peu développé. Quand on sait la surcharge de travail qui a incombé aux conseillers pédagogiques, qui ont passé plus de temps à faire de la saisie qu’à faire de la recherche pédagogique ou à passer dans les écoles pour s’enquérir des éventuelles difficultés de certain-es d’entre nous…

Le plan de formation, cette année, s’étend même en hiver, ouf ! Mais quid de la pénurie de remplaçants, qui concourt aussi à la réduction de l’offre… Le tableau de la formation n’est pas si noir…me répondrez-vous ? Si…mais non ! Derrière la formation, il y a des formateurs, enseignants eux aussi, mal formés, eux aussi, en souffrance bien souvent, c’est vrai… Mais parmi eux, il y tant de talents, tant de gens qui transforment le plomb en or, et cela, à tous les niveaux de l’enseignement !

Cependant, tous ces magiciens ont besoin d’apprendre, et d’ailleurs, le CNESCO le souligne, dans son rapport de 2016, il faut :

« […] assurer une formation continue obligatoire et de qualité […] une formation exigeante intellectuellement, définie à partir des besoins des praticiens et centrée sur les apprentissages des élèves » ?!

Oui, nous vous le confirmons, les enseignants, débutants ou aguerris, de la Maternelle à l’Université, réclament de la formation à cor et à cri. Ils ont eux aussi envie d’apprendre.

Ils sont mal rémunérés, certes, toujours très mal, ou très peu considérés, c’est selon. Leurs conditions de travail sont trop souvent pénibles, leurs métiers sont complexes.

Mais ils ont encore envie d’apprendre !

La pensée magique ou l’injonction « Vous êtes des professionnels » ne suffit pas, c’est un leurre, et ils le savent.

Et il va falloir que l’Institution se saisisse bien vite de ce désir d’apprendre (allusion encore à M. Giordan), de cette énergie, avant qu’elle ne s’évanouisse. Parce que, lorsque l’on écoute nos collègues, ils aiment tant leur travail, tant leurs élèves, mais rien ne garantit qu’ils y croiront encore dans quelques années, et là, les premiers perdants seront nos enfants, et notre société…

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